Priorités de restauration en mer du Nord

Écrit par Lauren Ackermans (géographe passionnée par la restauration marine)

La mer du Nord : riche mais vulnérable

La partie belge de la mer du Nord est petite, mais d’une grande valeur écologique. Elle abrite plus de 2 000 espèces. Cette richesse est due en partie à la variation des bancs de sable, des courants, des marées, des apports nutritifs de l’Escaut et à la diversité des sédiments. Parallèlement, cette zone est très fréquentée : la pêche, l’extraction de sable et de gravier, la navigation et la production d’énergies renouvelables ont un impact sur le milieu marin. Sous l’effet de cette pression, conjuguée au changement climatique et à la pollution, de nombreux écosystèmes ont été gravement endommagés. La protection seule ne suffit plus. Des mesures de restauration sont donc indispensables.

Image 1 : Restauration d'un récif d'huîtres.

La restauration de la nature en action

Pour lutter contre la dégradation continue des habitats marins, l’Union européenne a adopté le règlement relatif à la restauration de la nature en juin 2024. Ce règlement oblige les États membres à atteindre certains objectifs en matière de restauration des écosystèmes marins. D’ici 2030, les pays de l’UE doivent mettre en œuvre des mesures de restauration sur au moins 20 % de la surface de la mer. D’ici 2050, tous les écosystèmes dégradés doivent être activement restaurés.

En 2022, des chercheurs du SPF Santé publique – Environnement marin, de l’Institut des sciences naturelles et de diverses ONG ont sélectionné trois formes prioritaires de restauration de la nature en mer du Nord belge :

  • Restauration des bancs d’huîtres
  • Restauration des fonds de gravier
  • Amélioration d’autres récifs, tels que les agrégations de Lanice conchilega et les récifs de Sabellaria

Des objectifs principaux et concrets ont été définis pour ces habitats :

  • Réduire la pression sur l’écosystème
  • Améliorer les connaissances sur l’écosystème et les mesures de restauration potentielles
  • Mettre en œuvre des mesures de restauration actives
  • Sensibiliser les parties prenantes et le grand public

Ces priorités constituent le fondement du plan national de restauration de la nature que la Belgique élabore dans le cadre du règlement européen sur la restauration de la nature.

Restauration des récifs d'huîtres

Les bancs d’huîtres constituent une priorité absolue pour la restauration de la nature en mer du Nord belge. Véritables ingénieurs d’écosystèmes, les huîtres construisent des récifs qui fournissent nourriture, abri et sites de fixation à d’autres espèces. De plus, elles filtrent l’eau et stockent le carbone et l’azote. Elles contribuent ainsi à la régulation du climat et à la résilience de l’écosystème.

La régénération naturelle est souvent entravée par le manque de substrat dur intact et par les perturbations des fonds marins dues à la pêche et au mouillage. Le projet BELREEFS, premier projet pilote en mer pour les récifs d’huîtres plates dans les eaux belges, répond à ces défis. En juillet 2025, plus de 200 000 jeunes huîtres (Ostrea edulis) ont été relâchées à 30 km des côtes, dans une zone Natura 2000. Les larves d’huîtres sont déposées sur des substrats biodégradables et placées sur le fond marin, tandis que le développement des récifs et la prolifération de la vie marine sont étroitement surveillés.

Image 2 : Argilo-roche avec des huîtres juvéniles survivantes et adultes et des crabes porcelaine communs (Source : Institute of Natural Sciences / MARECO)

Restauration des lits de gravier

Environ 16 % des fonds marins belges sont constitués de substrats durs, appelés bancs de gravier, allant du gravier et des galets aux plus gros blocs. Ces récifs rocheux forment des habitats précieux mais fragiles où les coraux, les polypes aquatiques et les bryozoaires construisent leurs structures. Les bancs de gravier offrent abri, nurseries et nourriture aux crabes, aux poissons et à d’autres espèces, contribuant ainsi à la biodiversité. Nombre de ces animaux sont importants pour la pêche, mais sont également vulnérables aux perturbations. Une protection et une restauration efficaces sont essentielles pour préserver ces habitats uniques.

Image 3 : Aperçu indicatif des différentes formes de vie présentes dans les récifs pierreux belges (lits de gravier). (A) Le corail mou Alcyonium digitatum (B) Le crabe-araignée Maja brachydactyla (C) L’aiguillat commun Scyliorhinus canicula (D) Le némertien Nemertesia spp. (Source : Institute of Natural Sciences/MARECO)

Amélioration d'autres récifs : agrégats de Lanice conchilega et récifs de Sabellaria

Outre les bancs d’huîtres et les fonds de gravier, les récifs de vers tubicoles jouent un rôle essentiel dans la restauration de la mer du Nord. Ils agissent comme des ingénieurs d’écosystème : ils construisent des structures qui retiennent les sédiments et stabilisent les fonds marins, limitant ainsi l’érosion causée par les courants et l’action des vagues.

Les récifs de Sabellaria se forment lorsque des millions de petits vers polychètes construisent chacun un tube de grains de sable et de petites coquilles, leur offrant abri et lieu de vie. Les vers utilisent un mucus collant pour agglomérer les grains. Ceci crée un récif solide et robuste où de nombreuses espèces, comme les étoiles de mer, les crabes et les poissons, trouvent nourriture et protection.

Image 4 : Tubes vivants des vers Sabellaria qui forment ensemble un récif (Source : Worm City in the Wadden Sea | Photo WUR par Jean Mekelenkamp)

Les agrégats de Lanice conchilega forment des structures légèrement différentes. Des millions de vers tubicoles construisent des tubes de sable individuels très proches les uns des autres, formant ainsi des champs denses ou des agrégats. Moins robustes que les récifs de Sabellaria, ces derniers remplissent néanmoins une fonction écologique importante : les tubes ralentissent le courant, favorisant le dépôt de sable et de matières organiques. Ce phénomène stabilise les fonds marins et accroît la disponibilité de nourriture pour d’autres espèces. La consolidation de ces deux types de récifs contribue à l’augmentation de la complexité des habitats et à la résilience de la mer du Nord, participant ainsi au rétablissement des écosystèmes marins et de la biodiversité.

Image 5 : Récif formé par le ver polychète tubicole Lanice conchilega. (Source : Nature inspired Designing (NID) with the help of a tub-building polychaete worm Lanice conchilega, the sand tube worm - ILVO Flanders)

Restauration de la nature en mer du Nord par Go Ocean

Go Ocean s’engage activement pour la restauration de la biodiversité en mer du Nord en soutenant, en surveillant et en partageant des projets pilotes innovants avec le grand public. La restauration de ces écosystèmes est essentielle à la résilience de la mer du Nord, à la durabilité des stocks de poissons et à la préservation des fonctions écologiques. Parmi les projets en cours :

  • BELREEFS, restauration des récifs d’huîtres plates (Belgique) : Des récifs d’huîtres plates européennes (Ostrea edulis) sont en cours de restauration dans la partie belge de la mer du Nord. Avant 1850, ces récifs constituaient un élément structurel majeur de la mer du Nord, mais la pression humaine et les parasites les ont quasiment fait disparaître. Leur restauration s’inscrit dans le cadre du projet BELREEFS.
  • Barrage portuaire respectueux de l’environnement à Blankenberge (Belgique) : Ce nouveau barrage portuaire est partiellement construit à l’aide de blocs Haro, conçus selon une approche respectueuse de l’environnement et favorisant la biodiversité. Go Ocean suit les effets sur la vie marine et implique ses clients et partenaires dans le suivi et la collecte de fonds.
  • Réintroduction des huîtres plates dans les parcs éoliens de Borssele (Pays-Bas) : Ce projet utilise une technologie innovante pour placer des structures avec des huîtres adultes à une profondeur de 30 mètres, permettant de tester des sites pilotes et de surveiller les effets sur la biodiversité.

Chez Go Ocean, nous sommes convaincus que chacun peut contribuer à la restauration de la mer du Nord. En participant à nos projets, vous contribuez directement à la restauration de la biodiversité, à la résilience des écosystèmes et à la pérennité des stocks de poissons. Ensemble, nous pouvons déployer à grande échelle des solutions innovantes pour protéger les mers de demain. Investissez avec nous dans l’avenir de la mer du Nord : chaque contribution aide à restaurer les écosystèmes marins et à protéger la biodiversité.

Texte de Lauren Ackermans

« Géographe passionnée par la restauration marine, je suis déterminée à agir concrètement et je soutiens Go Ocean dans sa mission de protection et de restauration des océans et des écosystèmes marins. »

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